Kelleher : «Mon coeur est à Toulouse»

Byron Kelleher, le demi de mêlée néo-zélandais, n’a pas encore retrouvé toute sa superbe sur les terrains. Mais il s’épanouit dans la Ville rose. (Photo Presse-Sports)

En ce lundi midi pluvieux sur la Ville rose, le visage de Byron Kelleher trahit son spleen au sortir de la séance d’entraînement matinale. Le temps et les lendemains de défaite creusent les traits de ce compétiteur bon vivant qui protège de plus en plus son intimité. De nombreux autographes signés et son déjeuner vite avalé, il s’installe dans l’un des fauteuils en cuir de La Brasserie du Stade pour laisser tomber le masque. Avec un grand sourire et toujours ces yeux qui pétillent.

Byron, vous avez été écarté des terrains durant huit semaines (entorse du genou gauche). Où en êtes-vous physiquement ?
Cela a été difficile à vivre et l’est encore. Vous avez beau vous soigner, vous entraîner et récupérer une condition physique, vous mettez du temps à retrouver les sensations et le rythme des matches. Je n’ai plus mal au genou, mais je ne suis pas enchanté pour autant.

Avez-vous digéré l’élimination en quarts de finale de la Coupe d’Europe ?
C’est un peu dur en ce moment pour l’équipe. Et si ça l’est pour le groupe, ça l’est pour moi. Nous avions tellement fait de la H-Cup un objectif majeur que la frustration est forte. Et quand je suis dans cet état, je ne suis pas bon.

Le collectif saura-t-il réagir ?
C’est un mal français que d’être particulièrement affecté après une déception. Cette baisse de moral est normale, humaine. Mais je suis certain qu’en demi-finales du Top 14, notre groupe va réagir. Quand notre jeu et notre confiance sont à leur meilleur, peu de concurrents peuvent nous inquiéter.

Avec qui avez-vous la plus grande complicité technique à la charnière ?
Elissalde, Michalak et Skrela ont des styles différents. (Un long silence) Freddie porte bien la balle et excelle sur les ballons de récupération. Jean-Baptiste est plus structuré, il analyse parfaitement le jeu. C’est quelqu’un de très intelligent. J’aime sa façon de toujours réfléchir, son assurance est rassurante pour le demi de mêlée que je suis. Enfin, David est solide dans tous les compartiments, notamment au pied ou en défense. Je les apprécie tous trois, et il y a une connivence avec chacun.

Aimez-vous toujours autant votre vie en France ?
Plus que jamais ! Je prends des cours de français deux fois par semaine, mais cette langue est difficile. (Sourire) J’aime Toulouse. Cette belle ville permet de profiter de l’Atlantique, de la Méditerranée, des Pyrénées tout en étant à une heure de Paris et non loin de l’Espagne ! Cela me correspond. Parfois, quand vos proches sont loin de vous, vous pouvez vous sentir seul. Heureusement, je suis bien entouré ici.

Qu’appréciez-vous le plus ?
Que les gens prennent le temps de comprendre et de prendre conscience de ce dont ils profitent, comme les fromages ou le vin. J’aime la diversité culturelle de ce pays. J’ai découvert le foie gras d’Auch, les vins de Bordeaux ou les fruits de mer de la côte basque (en français). Un bonheur !

Votre bonheur s’appelle aussi Julie (Novès, la fille de son manager)…
Tout à fait. Après avoir mené une vie de sans-domicile-fixe, je me suis posé. Je suis heureux. J’ai un foyer et un équilibre dans ma vie. Je n’avais jamais ressenti cela auparavant, et c’est en France que j’ai trouvé cela !

Vos proches vous manquent-ils ?
Avec l’âge et l’éloignement, vous ne les aimez que davantage. Après mon père, mon frère apprend le français. Mes parents réfléchissent à venir et lui, il entreprend les démarches pour s’installer dans le sud de la France comme kiné.

Vous reverra-t-on un jour avec le maillot des All Blacks ?
Si je voulais m’en donner les moyens, il me faudrait retourner au pays. Je pourrais le faire, mais je ne le veux pas. Mes projets sont à Toulouse. Mon coeur n’est pas en Nouvelle-Zélande. Il est ici. J’ai eu envie de gagner la Coupe du monde, mais j’ai déjà eu trois opportunités manquées. Aujourd’hui, l’un de mes rêves consiste à remporter la Coupe d’Europe avec Toulouse.

Que pensez-vous de l’aventure de Dan Carter à Perpignan ?
Je l’ai eu quelques fois au téléphone, je suis désolé de ce qu’il lui est arrivé. Heureusement qu’il est bien entouré et que sa petite amie l’a rejoint. En même temps, ce n’est pas en six mois qu’il pourra vivre quelque chose de comparable à ce que j’ai vécu.

Quel est votre avis sur l’équipe de France ?
Il y a un tel réservoir de joueurs ici que deux questions essentielles doivent être posées. Comment réduire le nombre de matches pour favoriser la sélection ? Et comment permettre la stabilité de l’équipe ?

Que pensez-vous de la limitation du nombre de joueurs étrangers en Top 14 ?
C’est une bonne décision, même si je suis l’un d’eux. Mais peut-être vont-ils considérer que je suis français maintenant et me donner un passeport ? (Rires)»