C1 – L’intrigant docteur du Barça

EXCLUSIF – Ramon Cugat, l’orthopédiste du FC Barcelone, pratique une thérapie controversée qui accélère la récupération des joueurs blessés. Il s’explique sur sa méthode. (Photo montage)Utiliser une injection de son propre sang pour accélérer la régénération d’un ligament, d’un tendon ou d’un muscle, c’est la technique utilisée depuis 2002 par le chirurgien-orthopédiste du Barça, Ramon Cugat. Une méthode qu’il utilise aussi bien sur ses patients de l’hôpital Quiron de Barcelone, que ceux, plus connus, qui foulent la pelouse du Camp Nou ou portent le maillot de la sélection nationale ibère.

« Il avait soigné Bep Guardiola à l’époque où ce dernier jouait encore » raconte Chemi Teres, le responsable des relations internationales au service de presse du Barça. Depuis, Samuel Eto’o, Xavi, Cesc Fabregas (Arsenal, ex-Barça) ou Gabri (Ajax Amsterdam, ex-Barça) sont passés entre les mains du médecin catalan. Le défenseur international français Eric Abidal, victime d’une déchirure aux adducteurs de la jambe droite, finira-t-il lui aussi entre les mains de Cugat ?? Contacté à sa clinique, l’intéressé explique qu’il fait gagner « en moyenne 30% de temps de récupération » à ses patients. Grâce à la thérapie PRP (lire ci-contre), pour «Platelet Rich in Plasma» (plaquette riche en plasma).

«Elle consiste à injecter au patient à l’endroit de la lésion une préparation de son propre sang, faite de plasma enrichi en plaquettes sanguines ayant libéré une grande quantité de facteurs de croissances, explique le docteur. Ces facteurs de croissance permettent aux tissus concernés de se régénérer ou de cicatriser d’une manière naturelle mais accélérée, en évitant parfois l’opération, plus handicapante. Et ça marche ! J’ai déjà effectué près de 20 000 injections en sept ans. C’est devenu une routine quotidienne. Une lésion musculaire est réparée en quatre semaines au lieu de six, en moyenne. Aujourd’hui, on obtient un taux de réussite de 75% ! Mes meilleures réussites sont sur le ligament latéral interne du genou et surtout sur les ruptures du tendon d’Achille, que l’on suture tout en injectant des PRP. Pour le tendon, l’athlète est remis sur pied en trois mois au lieu des six habituels ! » Pour un footballeur – et pour son employeur de club – deux semaines de gagnées sur la récupération peuvent représenter un gain de trois à quatre matches, un bonus non négligeable. Alors trois mois…

Cesc Fabregas, blessé au ligament du genou droit le 21 décembre dernier, devait reprendre l’entraînement début avril. Il a annoncé dimanche qu’il « pourrait toucher le ballon fin février, avant de revenir à la compétition début avril. » Le sorcier catalan a estimé « qu’il n’avait pas besoin d’une opération. »

Pourquoi cette technique n’a-t-elle pas encore franchi les Pyrénées ? « En France, on estime qu’il est plus intéressant de travailler directement avec des cellules plutôt qu’avec la méthode PRP, affirme Jérôme Larghero, spécialiste de ces techniques à l’unité de thérapie cellulaire de l’hôpital Saint-Louis, à Paris. Les premières permettent de traiter directement la pathologie, tandis que les secondes, on les injecte et on espère qu’elles stimuleront la régénération ou la réparation. Et puis, tant qu’il n’y aura pas eu d’études cliniques qui comparent un groupe « placebo » avec un groupe « PRP », on ne pourra pas se prononcer. Si les PRP fonctionnent, c’est grâce à une multitude de facteurs, ce qui ne permet pas d’isoler la raison exacte pour laquelle ça marche. »

Autre obstacle, et non des moindres : l’AMA (l’Agence mondiale antidopage) considère que « toute méthode visant à extraire des facteurs de croissance et à les injecter à l’athlète tombe sous le coup de la section S2 (Hormones et Substances associées) de la liste des pratiques prohibées.» «Techniquement, il n’y a qu’un seul facteur de croissance (celui à base d’insuline) qui pourrait être lié à un eventuel gain musculaire -donc dopant- et uniquement lorsqu’il est utilisé tout seul, répond Cugat. Ce n’est pas le cas de la méthode espagnole. Il n’y a donc aucune raison de ne pas faire bénéficier tout le monde des avancées bénéfques de la médecine». 

Nemer Habib
redaction@asport.fr

Soigner… ou doper ?

Un symposium concernant la thérapie PRP s’est tenu à Doha les 7, 8 et 9 février dernier. Une réunion initiée par Hakim Chalabi, ancien médecin du Stade Français et du PSG et actuel directeur du service de médecine du sport à l’hôpital orthopédique des sports de Doha (Qatar) : « Ramon Cugat est venu présenter ses travaux, précise Chalabi. Aujourd’hui, le problème, c’est l’absence d’études cliniques qui viennent valider ou invalider ces techniques. Nous avons donc réuni un panel de scientifiques du monde entier, ainsi que des représentants des comités olympiques et de l’AMA, pour tenter d’établir un consensus à partir duquel on pourrait lancer les études en question. » Le docteur Chalabi n’a pas caché que « le processus serait long, car comme beaucoup de produits ou de techniques, ce qui sert à doper sert aussi à soigner. » Ramon Cugat explique : « J’ai insisté sur le fait qu’en injectant un «cocktail» de facteurs de croissance, ces derniers se régulent les uns les autres et on arrive à réparer les fibres musculaires, notamment sur les joueurs de foot que nous traitons, sans augmenter le nombre de ces fibres.» Pour Cugat, il ne s’agit donc pas de dopage. N.H.